Je vais vous pondre mon compte-rendu de son dernier album, Downriver.
Avant toute chose, Karen Matheson a été décorée "Officer of the Order of the British Empire". Félicitations, Karen.
Impression générale : très bonne. Très très bonne, même.
11 chants dont 2 en anglais et 1 en irlandais. Tous les autres sont des traditionnels gaéliques.
Je commence par le line up.
Donald Shaw (alias M. Matheson) : piano/rhodes et accordéon.
Donal Lunny : bouzouki et bodhran.
James Grant (inévitable sur tous les albums de Karen) : guitares, banjo, mandoline, e-bow, dobro et choeurs.
James Mackintosh : batterie et percussions.
Ewen Vernal : contrebasse et choeurs.
Aidan O'Rourke : fiddle.
Michael McGoldrick : U-Pipes
Stuart Nisbet : dobro (c'est quoi, au fait ?)
ET le
Scottish String Ensemble (violons, altos, violoncelles).
L'ensemble est sans fioritures, sans chichis. C'est pas susucre comme certaines de ses chansons dans les précédents albums.
Karen a longtemps réfléchi avant d'enregistrer cet album.
Elle avoue avoir attendu d'être prête. Elle écrit : "I've waited for the right time to record songs that seem to sing themselves."
En effet, l'émotion est pure, intacte. On part directement en voyage, dans les îles en l'écoutant. On ne reste pas bloqués à la technique vocale de la chanteuse.
Bon, évidemment, j'ai mes morceaux chouchous.
O Mhairi's tu mo Mhairi : composé d'un puirt a beul,
"Riobainean Riomhach" (ça parle de rubans que Marie, la fille du fiddler coud sur sa robe, son manteau...), et d'un waulking song
"O Mhairi's tu mo Mhairi" (c'est un gars qui dit à Marie qu'il aimerait garder les chèvres, et les veaux avec elle et il lui montrerait comment il tue les daims avec son gros fusil - super romantiques les Hébridiens !)
C'est un chant très rapide qui commence par une belle introduction au bouzouki et à la mandoline.
Puis pour la transition entre les 2 chants, les percus bien hâchées et l'accordéon apparaissent et jouent habilement avec les :
I oireann ó ra u
I oireann ó dhiù a
Hi òireann ó ra u
J'aime beaucoup le
puirt a beul (c'est une suite de puirt). Il commence très pépère, très blues grâce à la guitare de James Grant.
D'ailleurs, Karen a chanté le premier des puirt sur un des albums de l'Héritage des Celtes.
Après, ben, comme les puirt a beul normaux, le débit s'accélère. Et comme dans chaque puirt que Karen chante, la voix varie dans les aigus et les graves en l'espace de 5 secondes (aigu/grave/aigu/grave etc). Enfin là, en lisant, c'est pas facile de se l'imaginer.
J'aime également beaucoup
I will not wear the willow, composé par James Grant. Sur le forum de Capercaillie, ce titre a fait beaucoup marcher les claviers d'ordinateurs.
C'est une femme qui est en deuil. Comme toutes les femmes en deuil, elle doit porter une couronne de saule (willow). Mais elle refuse, elle ne veut pas se mêler "aux femmes en noir". Elle refuse de plonger dans le désespoir. Son mari a disparu. Il ne reviendra pas. Il est parti au diable.
Mais en lisant attentivement les paroles, on se rend compte que la femme en question a quelque chose sur la conscience. Il a disparu mais elle sait où il repose.
Karen explique cette chanson comme une "murder ballad". La femme en question aurait-elle assassiné son mari ?
La façon dont Karen chante "He won't be coming back" est d'une émotion rare. Frissons garantis.
Puis :
O nach eisdeadh tu'n sgeul le aire (Oh that you would listen to the tale attentively).
Si je comprends bien ce que Karen écrit sur cette chanson, les femmes s'abstenaient de chanter des chants traditionnels pendant les waulkings (c'est quand les femmes nettoyaient la laine), pour éviter d'avoir des ennuis avec l'Eglise Presbytérienne. Donc, elles chantaient des chants religieux tout en gardant le rythme propre aux waulking songs.
Cette chanson en est un exemple. Ca parle de péchés, de sang, de meurtre, de vengeance divine...
Luadh an Toraidh : un chant écrit spécialement écrit par le poète Aonghas MacNeacail pour le spectacle "Harvest" aux Celtic Connections 2004.
C'est un waulking song à l'occasion des moissons.
Et enfin, un chant très émouvant chanté en irlandais.
Crucan na bPaiste : Le cimetière des enfants. Il se trouve à Maamtrasna, dans le comté de Mayo. Le chant a eté écrit par Brendan
Graham pour un des personnages de son roman
The Brightest Day, The Darkest Night.
C'est un père ou une mère qui pleure son petit ange aux cheveux roux qu'il/elle a dû laisser au froid et à la neige de Crucan na bPaiste.